Axe 3 : Archéologie navale du début de la période moderne
Les fondements de l’axe de recherche
L’archéologie navale permet de saisir le navire non seulement comme objet technique, mais aussi comme fait social, économique et politique. Elle développe de multiples champs de recherche parmi lesquels figurent l’étude des vestiges architecturaux, la restitution des formes (notamment à l’aide de logiciels 3D), l’analyse des données archéologiques et les recherches en archives.
L’épave n’est pas un simple témoin matériel : elle met en relation des savoirs de construction, des pratiques de navigation, des circuits économiques et des usages militaires. Pour le début de la période moderne, en particulier au XVIe siècle, l’enjeu est donc de croiser les apports de la fouille, de l’histoire et des outils numériques afin de mieux comprendre les espaces nautiques entre Méditerranée occidentale et façade atlantique.
Le Groupe de Recherche en Archéologie Navale (GRAN) et le Centre d’Études en Archéologie Nautique sont des acteurs majeurs de la recherche dans le domaine de l’archéologie nautique de la période. Ils associent leur expertise dans cet axe de recherche afin de contribuer au développement du volet « archéologie maritime de la Fédération Histoire et Archéologie Maritime (FED 4124) de Sorbonne-Université. Les travaux conduits par le CEAN et le GRAN, autour notamment de l’épave du Rocciu 1 (XVIème siècle, Haute-Corse), de la Lomellina (1516, Villefranche s/mer), des épaves de la Mortella 2 et 3 (1527, Haute-Corse), de la Grande Maîtresse (1533, Toulon) et de la nef de Bordeaux (1513, Villerville), fournissent à cet égard un terrain privilégié d’enquête et de comparaison. Trois objets d’étude sont ici envisagés.
Documenter le navire
Il s’agit d’abord de considérer le navire comme un ensemble technique complexe : formes de coques, bois et matériaux, modes de construction (techniques de charpenterie, proportions et géométrie des formes), analyse des caractéristiques nautiques (capacités de charge, stabilité), conditions d’emploi et d’adaptation aux contraintes de la mer. L’archéologie permet ici d’interroger les savoirs constructifs du début de la période moderne en les confrontant aux sources écrites, aux inventaires et à l’iconographie. La fouille de l’épave du Rocciu 1, l’exploitation des données des épaves de la Lomellina et de la Mortella à l’aide des outils de restitution 3D, ainsi que les dossiers sur le navire de la Grande Maîtresse et de la nef de Bordeaux invitent à penser ensemble l’objet matériel, sa documentation historique et sa reconstitution raisonnée. Il convient alors de se demander ce qu’un navire révèle de la culture technique qui l’a produit, de la manière dont il a été armé, chargé, conduit et, finalement, perdu.
Reconstituer les circulations et les échanges au sein des espaces nautiques
Le navire ne se comprend jamais isolément. À travers sa cargaison, son équipement, sa provenance et ses routes supposées, il renvoie à des réseaux d’échanges, à des interfaces portuaires et à des pratiques de circulation qui articulent plusieurs espaces nautiques. L’étude des épave de la Lomellina et de la Mortella posent les jalons de la construction navale méditerranéenne encore peu connue. Celle du Rocciu 1 ouvre une fenêtre sur les relations entre Corse, Gênes et ports de la Méditerranée occidentale ; les dossiers de la Grande Maîtresse et de la nef de Bordeaux élargissent la réflexion vers la façade atlantique et vers les logiques de connexion entre différents espaces nautiques. Il ne s’agit donc pas seulement d’identifier des itinéraires, mais de comprendre comment les circulations commerciales, militaires et politiques prennent corps dans des objets, des cargaisons, des techniques de navigation et des situations de naufrage. L’épave devient alors un observatoire privilégié des dynamiques maritimes du début de la période moderne.
Restituer, comparer, transmettre. La transformation des données archéologiques en connaissance partagée.
Un enjeux majeur de l’archéologie navale contemporaine réside dans la mise en relation des données de terrain, des archives et des outils de restitution. Les logiciels 3D, les comparaisons et mises en parallèle, les publications scientifiques, les partenariats institutionnels et la formation par la recherche permettent aujourd’hui de renouveler profondément les méthodes d’analyse. L’objectif n’est pas seulement de produire des études de cas, mais de constituer un ensemble comparatif sur les navires du XVIe siècle, susceptible d’éclairer les continuités et les variations entre contextes méditerranéens et atlantiques. Cette démarche implique également une réflexion sur la transmission : formation des étudiants, mobilité scientifique, coopération internationale, médiation culturelle et diffusion du patrimoine maritime auprès des publics. A cet égard, la dynamique collaborative et comparative engagées autour des épaves étudiées par le CEAN et le GRAN donnent à la FED un cadre particulièrement fécond pour fédérer recherche, publications et valorisation.